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Effets des pesticides agricoles sur le système immunitaire des amphibiens.

Christin-Piché, Marie-Soleil (2001). Effets des pesticides agricoles sur le système immunitaire des amphibiens. Mémoire. Québec, Université du Québec. Institut national de la recherche scientifique, Maîtrise en sciences expérimentales de la santé, 152 p.

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Résumé

Pour mieux comprendre le rôle et l'implication des xénobiotiques dans la diminution des populations d'amphibiens, les effets d'un mélange de six pesticides agricoles sur le système immunitaire des grenouilles ont été étudiés. Puisque la modulation de certains paramètres du système immunitaire peut entraîner une augmentation de la sensibilité des animaux aux pathogènes, la résistance des grenouilles à un parasite, couramment retrouvé dans leur environnement, a aussi été évaluée. Finalement, le dernier objectif de la présente étude a été de vérifier si les xénobiotiques et les pathogènes pouvaient avoir un effet synergique sur le système immunitaire des amphibiens.

Afin de répondre à ces objectifs, deux espèces de grenouilles ont été utilisées: Xenopus laevis, un modèle de laboratoire et Rana pipiens, une espèce indigène au Québec. Les méthodes pour tester les compétences immunitaires des grenouilles ont d'abord été mises au point avec X. laevis puisqu'il s'agit d'une espèce bien étudiée par plusieurs chercheurs et qu'elle peut facilement être maintenue dans des conditions de laboratoire. Ensuite, les expériences ont été reprises avec R. pipiens afin de vérifier si les résultats obtenus avec X. laevis pouvaient s'appliquer à des espèces de grenouilles plus indigènes. Ceci nous a permis de déterminer si les pesticides peuvent affecter les amphibiens de la faune québécoise dans leur environnement naturel.

Les grenouilles ont été exposées in vivo au mélange de pesticides pendant une courte période de temps après laquelle certains paramètres de l'activité immunitaire étaient mesurés. La cellularité (concentration de cellules dans la rate), la viabilité et l'activité phagocytaire des splénocytes ainsi que la prolifération des lymphocytes ont été analysées. Suite à l'exposition aux pesticides la moitié des grenouilles Rcma pipiens ont été infectées avec des larves du parasite Rhabdias ranae afin de vérifier si une exposition aux xénobiotiques affectait leur résistance aux pathogènes. La vitesse de migration, la maturation, le nombre et la taille des parasites infectieux ont été mesurés. Finalement, les compétences immunitaires des grenouilles parasitées ont été vérifiées et comparées à celles des grenouilles exposées aux pesticides seuls, afin de déterminer si les polluants et les parasites ont un effet synergique sur le système immunitaire.

Nos recherches ont permis de conclure que les pesticides utilisés en agriculture peuvent dérégler le système immunitaire des grenouilles. Chez les grenouilles X. laevis, le mélange de pesticides diminue le nombre de splénocytes et augmente leur activité phagocytaire. Ceci suggère que le mélange utilisé pourrait immunosupprimer les animaux et induire des réactions autoimmunes ou inflammatoires. Chez les Rwza pipiens, les pesticides diminuent la prolifération des lymphocytes T ce qui pourrait inhiber le développement de la réponse immunitaire acquise et affaiblir la résistance aux pathogènes. D'ailleurs, il a été observé que l'exposition au mélange augmentait la maturation et la vitesse de migration des parasites chez les grenouilles. L'affaiblissement de la réponse immunitaire, causé par des pesticides, pourrait donc être une des causes responsables de l'augmentation des infections observées chez les amphibiens.

Nos résultats démontrent également que les pesticides et les pathogènes peuvent avoir un effet synergique sur le système immunitaire. En effet, il a été observé que les grenouilles exposées à la fois aux parasites et aux pesticides avaient une activité phagocytaire moins grande que les grenouilles exposées aux pesticides seuls. Les microorganismes ont la propriété d'altérer la réponse immunitaire afin de pouvoir y échapper et se reproduire dans l'hôte. Il est possible que l'immunosuppression créée par les pathogènes soit additive à celle créée par les pesticides. Une exposition à des contaminants suivie d'une infection complique souvent les réactions du système immunitaire et peut entraîner une réponse inadéquate de l'hôte l'empêchant de se défendre contre d'autres pathogènes.

Il est important d'étudier les effets de la pollution environnementale sur le système immunitaire afin d'être en mesure de comprendre comment les polluants peuvent entraîner la disparition de certaines espèces. Nos résultats indiquent que les pesticides peuvent accroître indirectement la sensibilité des amphibiens à différents pathogènes, en affaiblissant leur système immunitaire. Il devient donc évident que la relation entre les polluants et le système immunitaire constitue un sujet d'étude qui mérite d'être approfondi si nous voulons comprendre l'impact de nos pratiques agricoles sur les écosystèmes aquatiques. Ainsi, nous pourrons peut-être éventuellement les améliorer de façon à les rendre moins nocives.

Type de document: Mémoire
Directeur de mémoire/thèse: Fournier, Michel
Co-directeurs de mémoire/thèse: Brousseau, Pauline
Mots-clés libres: -
Centre: Centre INRS-Institut Armand Frappier
Date de dépôt: 28 sept. 2016 15:44
Dernière modification: 28 sept. 2016 15:44
URI: http://espace.inrs.ca/id/eprint/4498

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