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Gouvernance infra-municipale et gestion du social : analyse multi-échelons de la construction politique des arrondissements montréalais.

Alain, Martin (2008). Gouvernance infra-municipale et gestion du social : analyse multi-échelons de la construction politique des arrondissements montréalais. Thèse. Québec, Université du Québec, Institut national de la recherche scientifique, Doctorat en études urbaines, 364 p.

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Résumé

La mondialisation avancée des marchés économiques fait glisser, jusqu’à un certain point, le poids politique des États vers les métropoles. Il s’ensuit donc une nécessaire réflexion – entreprise un peu partout – sur un rééquilibrage des pouvoirs entre ces paliers, canalisée à travers différentes réformes politico-administratives locales : fusions municipales, mise en place ou réforme d’instances de gouvernance régionale ou métropolitaine, etc. Dans une optique de subsidiarité et de gouvernance, les réflexions devenues actions sont ainsi dirigées vers un partage des pouvoirs que les gouvernements espèrent plus efficient ainsi que vers une ouverture aux acteurs non étatiques pour jouer efficacement le jeu complexe de la mondialisation des marchés. Montréal représente, à cet effet, un cas de figure intéressant. Si on y a modifié en profondeur – du moins à première vue – les structures et procédé à une redistribution des pouvoirs locaux en vue de rendre Montréal plus compétitive par rapport aux autres métropoles, l’ouverture aux acteurs non étatiques a toutefois été largement laissée de côté et reléguée, sans mécanismes particuliers, aux arrondissements instaurés lors des fusions municipales de janvier 2002. Or depuis cette réforme, l’arrondissement montréalais se retrouve au carrefour de la gestion d’enjeux névralgiques et de l’action d’acteurs non étatiques, au premier chapitre les organismes communautaires. On pouvait alors se demander, dans un premier temps, si l’arrondissement allait devenir un palier important dans la gestion des dossiers névralgiques; si la pratique du pouvoir politique après la fusion allait faire des élus d’arrondissement des acteurs de premier plan ou si les instances municipales allaient garder la main haute sur la gestion des grands enjeux. On pouvait, dans un second temps, se questionner, dans une optique cette fois de gouvernance, sur la façon dont les acteurs non institutionnels comme les organismes communautaires, incontournables dans la gestion de plusieurs de ces dossiers névralgiques comme celui de la gestion du social, allaient réagir politiquement relativement à cet arrondissement nouveau. Allaient-ils jouer le jeu de l’arrondissement, changer leurs façons de faire, vouloir traiter uniquement avec les instances municipales? Ces deux questionnements s’entrecroisent dans une réflexion sur la construction politique de l’arrondissement montréalais, construction qui, au-delà de la simple attribution de pouvoirs, interroge l’utilisation concrète que font les acteurs de ces instances d’arrondissement. Le but de la présente recherche est donc d’analyser la construction politique des arrondissements montréalais à la suite de la réforme municipale ayant mené à la fusion de l’ensemble des municipalités de l’île de Montréal. Alors que les anciennes municipalités de banlieue voyaient leurs pouvoirs restreints par la réforme, il en allait tout autrement des arrondissements issus de l’ancienne Ville de Montréal où tout était à construire. Ces derniers arrondissements constituent notre objet de recherche. Nous avons choisi plus particulièrement d’observer les stratégies politiques des acteurs du milieu communautaire dans des dossiers majeurs de gestion du social. Acteurs importants de la dynamique de proximité à Montréal, nous avons fait le pari que l’action des intervenants du milieu communautaires allait avoir une incidence sur la construction politique de l’arrondissement. Notre démarche s’inscrit donc d'abord dans une perspective de gouvernance, dans la mesure où cette notion nous sensibilise d’emblée à un jeu politique qui n'est pas limité aux élus. La gouvernance n’est toutefois pas utilisée comme cadre théorique : son côté descriptif et normatif rend son utilisation comme instrument analytique quelque peu hasardeux. La théorie politique des échelles (politics of scale), promue surtout par des géographes, retient plutôt notre attention. En exploitant son potentiel heuristique pour éclairer la fragmentation politique du « local », elle permet de voir comment les stratégies politiques des acteurs se déploient sur différents échelons et d’apporter ainsi un éclairage renouvelé sur la mise en place d’un palier inframunicipal. Nous avons sélectionné quatre dossiers parmi les plus complexes de gestion du social, soit deux cas de lutte pour la construction de logements sociaux (dans les arrondissements Mercier – Hochelaga-Maisonneuve et Rosemont – La Petite-Patrie) et deux cas de revitalisation urbaine intégrée (RUI) (arrondissements Ville-Marie et Sud-Ouest) comme terrain de recherche. Notre approche est de nature qualitative et repose sur l’utilisation d’entretiens auprès d'acteurs du milieu communautaire, de fonctionnaires et d’élus et l’analyse de différentes sources documentaires. L’analyse a permis de faire ressortir l’importance de la « petite politique ». Les acteurs communautaires, tout en gardant les pieds dans le quartier – qui reste un échelon de premier plan dans la compréhension de la dynamique politique montréalaise – et en jouant assez peu la collaboration avec les autres organismes des autres quartiers, ont tout de même eu une approche très « scalaire » dans leur façon de faire avancer les dossiers. On voit toutefois que même si, pour les groupes communautaires, l’appartenance au quartier reste très forte, l’essoufflement lié à une action politique de plus en plus complexe ainsi que les pressions externes et internes pour une action plus axée vers l’arrondissement pourraient faire fléchir les organismes sur cette question de l’appartenance au quartier. En analysant l’arrondissement en tant qu’échelon vécu, institutionnalisé et stratégique nous avons ainsi dégagé une dynamique politique complexe en termes de relations inter échelons, au coeur de laquelle les différents acteurs réussissent à dégager une marge de manoeuvre, même en l’absence de pouvoirs formels. Or si nous pouvions aisément nous douter que des tensions se révèleraient entre les élus des arrondissements et les instances centrales de la Ville de Montréal – ce qui est effectivement le cas – il était moins clair que des tensions allaient en fait davantage ressortir du jeu politique à l’oeuvre entre l’arrondissement (ses élus et fonctionnaires) et le quartier au coeur duquel se retrouvent les acteurs du milieu communautaire. C’est ici que se situe l’apport de notre étude : en abordant à chaud, en quelque sorte, cette réforme complexe, il a été possible de révéler des tensions politiques là où on ne l’attendait pas, tensions qui ne sont pas sans influer non seulement sur la construction politique de l’arrondissement montréalais, mais aussi sur l’équilibre de toute la réforme municipale.

Type de document: Thèse
Directeur de mémoire/thèse: Germain, Annick
Mots-clés libres: Arrondissement; quartier; Montréal; gouvernance; échelon; incidence; action; intervenants; participation; dynamique de proximité; construction politique; organismes communautaires; logement social; revitalisation urbaine; décentralisation; administration; gestion du social; pouvoir local.
Centre: Centre Urbanisation Culture Société
Date de dépôt: 27 juin 2012 20:51
Dernière modification: 20 juill. 2015 11:37
URI: http://espace.inrs.ca/id/eprint/38

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