Harvey, Maxime ORCID: https://orcid.org/0009-0001-6004-2507
(2026).
Les transformations du travail culturel à l’ère de l’intelligence artificielle : revue de la littérature actuelle en sciences humaines et sociales
Working Paper.
Chaire de recherche du Québec sur l'intelligence artificielle et le numérique francophones, Québec.
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Résumé
Il y a, depuis plusieurs mois au Québec, une prolifération de consultations, de débats et de manifestations publiques sur la capacité des IA à s’immiscer dans le monde des arts et de la culture. De ChatGPT (textes et images) à Sora 2 (vidéos) en passant par Suno (musique) et Eleven Labs (voix), l’IA dite générative soulève de nombreux enjeux : souveraineté culturelle, biais et dépendance, impacts environnementaux, désinformation, prolifération de contenus de piètre qualité (AI slop), etc. En particulier, l’IA est liée à une remise en question structurelle et de bout en bout du travail culturel, de la formation aux conditions de pratique, jusqu’à la rémunération. S’agit-il alors d’une forme de remplacement, d’une déqualification ou plutôt d’un processus d’augmentation du travail porteur de nouvelles opportunités ? Le problème est que peu de données permettent d’attester avec certitude de ces multiples possibilités. Chose certaine, la déferlante de l’IA générative dans les secteurs des arts et de la culture prend les allures d’un problème pernicieux (wicked problem) du moment où, comme le note Joelle Farchy, ses résultats « […] concurrencent directement les créations humaines ayant servi à leur élaboration » (Farchy et Blain, 2025). Rédigée par Maxime Harvey, chercheur postdoctoral à la Chaire IANF, cette note de recherche vise à évaluer l’état de cette problématique à partir d’une revue de la littérature en sciences humaines et sociales, examinant comment l’IA générative re-modèle le travail culturel à la fois comme activité significative (vocation et agentivité professionnelle) et comme chaîne de valeur économique (emplois, salaires, redistribution des rentes, etc.).
L’incertitude induite aujourd’hui par l’automatisation/ia-isation du secteur culturel s’inscrit dans un état relativement connu de la littérature scientifique, tant à l’échelle de la pratique individuelle qu’au niveau institutionnel. En France, par exemple, le sociologue Pierre-Michel Menger (2009) a fait de cette incertitude le moteur du travail créatif ; en effet, la valorisation de l’originalité et de l’innovation en culture conduit à explorer des chemins ambigus plutôt qu’à privilégier la productivité et l’efficacité. Aux États-Unis, Alison Gerber (2017) a décrit comment l’idée de la création comme « travail » a tendanciellement institutionnalisé la valeur monétaire des objets artistiques et des heures passées à les produire, et ce, dans un contexte plus large d’industrie et de capitalisme culturels où « nobody knows anything » (Goldman, 1983). Ce que cette littérature permet ainsi de comprendre, c’est comment l’évolution historique du travail créatif est inséparable de multiples formes de normalisation de l’incertitude et d’adaptations circonstanciées, y compris quant à la force perturbatrice de la technologie (Banks et al., 2013 ; Mirrlees, 2025). Si parfois les outils d’IA servent à faire face à l’incertitude, par exemple grâce à leurs algorithmes de prédiction et de recommandation (Chow, 2020), il importe aussi de noter l’ensemble des effets délétères de l’IA, qui amènent notamment les artistes à réfléchir et à critiquer les transformations induites (Feher, 2025).
Afin de situer ce moment d’incertitude technologique ici et maintenant et de montrer comment la problématique de la perturbation, de la redistribution et de l’adaptation de la chaîne de valeur en culture s’organise au Québec aujourd’hui, trois thèmes ont été identifiés dans la littérature scientifique. Tour à tour, il s’agira de voir comment les enjeux de l’après-industrialisation de la création, de la datafication des pratiques créatives et de la globalisation des industries créatives y sont traités.
| Type de document: | Monographie (Working Paper) |
|---|---|
| Mots-clés libres: | Pub; découvrabilité; gouvernance; écosytème culturel; francophonie; co-construction |
| Centre: | Centre Urbanisation Culture Société |
| Date de dépôt: | 04 juin 2026 14:30 |
| Dernière modification: | 04 juin 2026 14:30 |
| URI: | https://espace.inrs.ca/id/eprint/17245 |
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